Jeux d’éventail

Dès le 18e siècle, l’éventail plié est un accessoire obligatoire et fait partie intégrante de la toilette féminine.

Aucune dame ne songerait à paraître en société sans éventail. Et entre les mains de ses propriétaires, l’objet semble devenir un détail actif, une sorte de participant à l’action générale théâtralisée qu’étaient alors les réceptions, les cérémonies fastueuses, les fêtes et les bals.

Mot d’un Anglais : « L’éventail était un article si répandu qu’une dame sans éventail se serait sentie aussi mal à l’aise qu’un chevalier sans épée ».

Ivoire, parchemin, plumes de paons, plumes d’autruche, soie, nacre, écaille, or émaux, bronze, argent, pierres précieuses, broderie, strass, paillettes, peinture, papier, tissu, verre, enluminure, dentelle, tressage, tissage, tous contribuent à l’unité artistique de l’éventail.

LE LANGAGE DE L’ÉVENTAIL AU 19e SIÈCLE

Ouvrir complètement son éventail : J’y songe.

Poser sa main sur son cœur tout en tenant son éventail ouvert devant ses yeux : Je t’aime.

Indiquer le sol près de soi avec son éventail : Approche-toi de moi.

Poser l’extrémité de l’éventail sur sa bouche : Attention, on nous écoute.

Serrer des deux mains l’éventail ouvert contre sa poitrine, en levant doucement les yeux : Je te demande humblement pardon.

Effleurer sans cesse sa bouche de son éventail fermé : Puis-je te parler en tête-à-tête?

Ouvrir complètement son éventail et l’agiter en direction de son interlocuteur : Je souhaiterais être toujours avec toi.

Regarder son éventail fermé : Je pense tout le temps à toi.

Serrer de la main gauche son éventail fermé sur son cœur : M’es-tu fidèle?

Le nombre de brins non écartés indique l’heure convenue du rendez-vous : à l’heure convenue.

Tourner la face interne de son éventail vers son interlocuteur : Je ne pourrai pas
venir.

Promener l’extrémité de l’éventail sur la paume de sa main, comme pour former des lettres : Je te le ferai savoir par courrier.

Chasser son interlocuteur de son éventail fermé : Je ne t’aime pas.

Diriger vers le bas son éventail ouvert, que l’on tient dans sa main : Je suis fâchée contre toi.

Appuyer son menton sur son éventail fermé : Je boude.

Écrire du doigt sur la face externe de son éventail : Fais-le-moi savoir par courrier.

Regarder son éventail ouvert, en balançant la tête d’un côté puis de l’autre : Tu ne veux pas du tout me connaître.

Faire tourner de la main droite l’extrémité de son éventail fermé tenu de la main gauche : On se trompe.

Tenir entre les paumes, aux deux extrémités, son éventail fermé : J’exige une réponse.

Indiquer une place de l’éventail fermé : Assieds-toi à côté de moi.

Indiquer une place de l’éventail ouvert : Ca suffit! Tu m’ennuies.

Montrer plusieurs fois son front de son éventail fermé : Tu es fou?

Appuyer son menton sur son éventail ouvert : Cesse tes amabilités répugnantes.

Appuyer son éventail fermé sur son épaule droite : Je te hais.

Laisser continuellement tomber son éventail fermé dans sa main gauche à demi fermée : Pas un mot de plus.

Agiter vers soi son éventail ouvert : Danse avec moi.

Couvrir la paume de la main gauche de son éventail ouvert, tenu de la main droite : Garde ce secret.

Donner son éventail fermé à son interlocuteur : Tu me plais beaucoup.

Appliquer l’éventail ouvert contre sa joue droite : Oui.

Appliquer l’éventail fermé contre son oreille gauche : Je t’écoute.

Tenir l’éventail fermé suspendu à son cordon : Je ne peux pas.

Coller son éventail fermé à sa tempe gauche : Cesse d’être jaloux.

Fermer et ouvrir avec grâce son éventail : Tes désirs seront comblés.

Poser son éventail fermé sur le repli de sa main gauche : Je ne te comprends pas.

Tendre avec grâce son éventail ouvert à son interlocuteur : Bienvenue.

Passer avec hâte son éventail fermé d’une main à l’autre : Je suis très inquiète.

En tenantl’éventail ouvert de la main droite, le faire tourner de la main gauche : Mes parents ne le souhaitent pas.

Frapper avec son éventail fermé entre les doigts de sa main gauche : Nous devons interrompre notre conversation.

Serrer son éventail fermé contre son cœur en le tenant des deux mains : Épargne-moi cette compagnie insupportable.

Suspendre son éventail fermé à sa main droite : Adieu, au revoir.

Source : V. Pobkrovski. « L’élégante dans la littérature satirique du XIXe siècle ».